Chers paroissiens, chers amis,

Qu’avons-nous donc reçu sans l’avoir préalablement réclamé ? La vie !

Dieu l’a créée : Dieu dit que la vie soit et la vie fut. Elle porte en elle la signature, l’empreinte de son Créateur. Elle est plus importante que ce que nous avons acquis. Ici-bas se trouve deux catégories de gens : la première pense que cette vie est un dû, mais la seconde catégorie croit qu’elle est un don de Dieu. Une chose est certaine : ceux qui croient que la vie est un don, ils essaieront de la vivent pleinement avec confiance et fidélité en Dieu, mais ceux qui pensent que la vie est un dû, ils essayeront aussi de la vivre pleinement mais d’une autre manière, c’est-à-dire indépendamment de toute confiance en Dieu. Deux conceptions de la vie et de Dieu se trouvent donc radicalement opposées chez les gens.

Cette même différence de conception de Dieu est illustrée en cette étrange parabole de ce 33e dimanche : Un maître, que nous identifions à Dieu, confie, c’est-à-dire donner dans la confiance, ses biens à ses trois serviteurs. Il leur fait confiance de ses biens sans avoir la moindre idée de ce que ses serviteurs seraient tentés de faire de ses biens. Serait-il insensé et naïf, ce maître ? Si le maître confie ses biens à ses serviteurs, c’est qu’il est confiant que tous les trois sont capables d’en faire un bon usage.

Les deux premiers honorent la confiance de leur maître en multipliant les talents (une forte somme d’argent). Celui qui a multiplié ses talents par cinq est comme celui qui les a multipliés par deux sont promis à la même joie « Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur ». Tandis que le troisième se contente de ne rien faire de son talent par peur « J’ai eu peur, dit-il, et je suis allé cacher ton talent dans la terre ». Autant les deux premiers sont marqués par la confiance et la responsabilité, autant le dernier est marqué par la frilosité et l’indifférence.

Certes, l’attitude du maître envers le troisième serviteur « jetez-le dans les ténèbres extérieures ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents ! », se montre sévère et démesurée. Mais, avant d’aller loin dans nos pensées, comprenons qu’une parabole n’est qu’un outil pédagogique dont on se sert encore aujourd’hui en Orient pour rendre accessibles ses idées. Dans cette parabole, il ne s’agit nullement d’un dieu redoutable moissonnant là où il n’a pas semé, d’un dieu tyran et redoutable et encore moins des richesses matérielles ou de placements boursiers, mais bien plutôt de la confiance et de la peur. La force de deux premiers serviteurs est dans la confiance en Dieu qui les rend joyeux de leurs dons et la faiblesse du troisième serviteur est la peur qui le fait vivre dans la méfiance et dans la désespérance.

La peur porte à nous enfermer sur nous-mêmes et dans un monde irréel qui conduit aux impasses, à l’indifférence. Elle fait croire que rien n’est un don de Dieu, mais tout est dû. Ne nous laissons pas sinistroser par elle surtout en ce temps du confinement. Elle mène au désespoir qui fait ressortir chez les hommes ce qui est mauvais « Seigneur, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain » !

L’arme permettant de bannir cette peur paralysante ne sera que la confiance. Quand nous choisissons la confiance, nous nous libérerons du pouvoir de la peur qui s’exerce en nous. La confiance nous donnera à reconnaître les dons et les grâces que Dieu nous confie. Elle réveille en nous le sens de la responsabilité et nous ouvre à la grandeur et à la beauté de la vie de Dieu. Osons la confiance en Dieu surtout en ce temps troublé et assumons pleinement et patiemment nos responsabilités des baptisés. La vie est un bien, un don, une grâce et puisqu’elle est de Dieu, elle est porteuse d’un message qui se laisse saisir par cette confiance. Le Dieu patient fait confiance à nos lents cheminements, et il espère toujours que nous lui ferons confiance nous aussi. Réjouissons-nous de la grâce que Dieu nous donne dans le Christ. Notre « Dieu n’est pas le Dieu des morts mais des vivants » (Mc 12, 27).

(Ceci n’est pas une homélie, mais des réflexions aidant à méditer l’évangile de ce dimanche 15 nov.)

Père Stéphane Hudo