Les Associations de Familles Catholiques ont adressé une lettre ouverte aux parlementaires morbihannais. Les députés et les sénateurs vont devoir se positionner au sujet de l’évolution législative sur la fin de vie.

Lettre envoyée par courriel le mercredi 21 septembre aux 3 sénateurs du Morbihan et aux 6 députés du Morbihan.

(…)Nous souhaitons donc vous interpeller pour sonder vos éventuelles intentions et tenter d’évoquer brièvement avec vous quelques raisons qui nous font craindre que le législateur puisse aller, encore une fois, trop loin s’il votait une telle loi.

L’interdit de l’homicide

L’interdit de l’homicide est un principe essentiel qui fonde notre civilisation. (…)Faire porter à un tiers soignant ou non la responsabilité directe ou la complicité d’un homicide, fût-il souhaité par celui qui le subit, nous semble une transgression anthropologique et morale inacceptable quand bien même la loi l’autoriserait.

Des soins palliatifs

Nous sommes bien conscients des problèmes de la fin de vie en France. Nous nous réjouissons de constater que l’acharnement thérapeutique ou l’obstination déraisonnable ont effectivement reculé, sans doute même disparu ou presque. Il est cependant regrettable de voir que les soins palliatifs dont le législateur a décidé en 2002, 2005 et 2016 qu’ils devaient être accessibles à tous, ne le sont toujours pas. Trop de personnes meurent aujourd’hui sans un accompagnement adéquat. Nous souscrivons entièrement aux recommandations du titre A points 1 à 14 inclus dans l’avis n°139 du CCNE qui abordent le problème des soins palliatifs. Par contre, nous sommes en complet désaccord avec les autres recommandations incluses dans cet avis, comme nous l’expliquerons plus bas.

De la fraternité et de l’égalité

Bien sûr, notre système de santé déjà fragile auparavant peine à se relever d’une crise sanitaire. Les efforts à consentir pour développer des soins palliatifs de qualité accessibles à tous et partout sont importants. Est-ce une raison pour abandonner toute solidarité intergénérationnelle et refuser aux personnes en fin de vie la possibilité d’apaiser leur départ ? Autant effacer directement le mot « fraternité » de notre devise et des frontons de nos édifices publics. Et si seulement les plus nantis peuvent accéder à ces soins, il faudra aussi songer à biffer le mot « égalité ».

Nul doute que vous voteriez au sein d’un large consensus tous les articles et amendements en faveur du développement des soins palliatifs. Vous ou vos prédécesseurs l’ont fait par trois fois, sans grande effectivité. Il nous semble plus judicieux de contraindre le pouvoir exécutif à appliquer les lois déjà votées et restées sans effets. Tant que le déploiement de ces soins ne sera pas réel, il est impossible d’évaluer la pertinence des choix passés, et par conséquent prématuré de se poser la question d’une éventuelle insuffisance de dispositions législatives, nonobstant le discours des partisans d’une loi homicide. Nous pensons en outre que le soutien aux familles accompagnant les personnes en fin de vie pourrait sans doute être amélioré.

Perte de confiance

Si vous autorisez dans une prochaine loi le suicide assisté et l’euthanasie, vous offrirez à l’état en détresse financière et à une médecine de technocrates qui se déshumanise déjà trop le choix entre soulager, mais c’est coûteux, et hâter la fin de vie du patient, qu’il le veuille ou non. Il s’en suivra inéluctablement une perte de confiance des patients envers leurs soignants : cette blouse blanche vient-elle pour soigner et soulager, ou pour achever la personne en fin de vie comme un animal blessé ? Les soignants tant éprouvés ont-ils besoin d’endurer ce soupçon si contraire à l’éthique de leur engagement ?

Nous n’avons en outre aucune confiance dans l’érection de barrières méthodologique pour encadrer une aide active à mourir. Elles sont juste censées rassurer ceux qui auraient des scrupules à approuver une telle transgression. Ces barrières tomberaient vite, comme celles érigées en 1975 lors de la dépénalisation de l’avortement que des législateurs voudraient maintenant constitutionnaliser. Nous observons les dérives belges en la matière.

« L’enfer est pavé de bonnes intentions »

Nous souhaitons aussi vous mettre en garde comme tous nos concitoyens sur l’abus de discours compassionnels qui risquent fort de tenter de légitimer une mort sur ordonnance que nos détracteurs présenteraient comme miséricordieuse si ce terme, dans ce contexte, n’était pas connoté. C’est ainsi que leurs discours abusent des sentiments et des émotions pour oblitérer ce qui relève de la raison et du jugement. L’homme est intrinsèquement digne, indépendamment de son état de santé.

La famille est et reste le premier lieu de solidarité effective tout au long de la vie. La crise sanitaire en a, s’il en était besoin, une nouvelle fois donné la preuve. Même en face d’une société où l’individualisme prend le pas sur le lien social, nous affirmons comme les évêques de France l’urgence d’une aide active à vivre plutôt qu’à mourir. Nous ne voulons pas d’une société où l’homme est perçu exclusivement comme un producteur-consommateur, devenu inutile dès lors qu’il n’est ni productif ni solvable.

(…)Nous sollicitons un rendez-vous auprès de vous afin d’échanger et de vous présenter nos positions et nos propositions en la matière.

Frantz Toussaint, Président de la Fédération des AFC du Morbihan

Destinataires :

  • Les Députés du Morbihan :
    • Madame Anne LE HENANFF, Députée de la 1re circonscription du Morbihan,
    • Monsieur Jimmy PAHUN, Député de la 2e circonscription du Morbihan,
    • Madame Nicole LE PEIH, Députée de la 3e circonscription du Morbihan,
    • Monsieur Paul MOLAC, Député de la 4e circonscription du Morbihan,
    • Madame Lysiane METAYER, Députée de la 5e circonscription du Morbihan,
    • Monsieur Jean-Michel JACQUES, Député de la 6e circonscription du Morbihan
  • Les Sénateurs du Morbihan :
    • Madame Muriel JOURDA, Sénateur du Morbihan,
    • Monsieur Joël LABBE, Sénateur du Morbihan,
    • Monsieur Jacques LE NAY, Sénateur du Morbihan

AFC 56